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| Dimanche 20 Decembre 2009 |
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| HISTOIRE DU FILS A MARTIN |
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Martin et sa femme avaient eu trois fils. Les deux ainés s’étaient mariés et avaient quitté la maison. Restait Pierruccio. Il était donc tout désigné pour prendre la suite du père à la condition, ça va de soi, qu’il se décide lui-même à fonder un foyer c'est-à-dire à prendre femme. Hélas, dans nos villages autrefois, plus encore qu’aujourd’hui, ça n’était pas chose facile. Qu’à cela ne tienne. Il y avait bien, à FIUSELLO (nom inventé pour éviter toute querelle possible...) un certain Antonellu. Lui, avait eu, de son union avec Anghjula,…sept filles … Il avait réussi à en caser quatre. Lui restaient donc ‘sur les bras’ c'est-à-dire à charge, Giovanella, Conceta et Dionisa. C’est donc avec satisfaction qu’il accueillit la demande du père de recevoir son fils et lui laisser le choix de celle dont il pourrait consentir à lui accorder la main.
Le jour dit, Pierruccio, qui allait sur ses vingt cinq ans, décide de partir à la rencontre de sa future ‘fiancée’. Costume velours, monté sur sa plus belle jument, il prend la route qui mène à FIUSELLO en quelques heures .
Le chemin est difficile, escarpé par endroits, il faut souvent éperonner la bête qui rechigne, enfin le clocher du village montre son nez, nous y sommes presque.
On longe un champ de luzerne, puis un jardin potager, dans lequel monsieur le curé est en train de biner ses haricots. Il a retroussé sa soutane, et se repose quelques instants.
Bonjour oh sgio Curatu ! (sgio était un titre donné aux ecclésiastiques et aux personnes de qualité, à l’égal du ‘don’ espagnol)
Bongiornu giovanottu duve andatte di cusi bon’ora ?
(bonjour jeune homme, où allez-vous de si bonne heure)
Pierruccio lui dit l’objet de son voyage et lui demande par la même occasion quel est son sentiment sur les ‘gens’ de ce village.
Monsieur le curé lâche le manche de sa binette et fait quelques pas jusqu’à lui puis s’approchant et à voix basse lui dit : …jeune homme, vous m’êtes sympathique alors écoutez-moi : "…du bœuf, méfiez-vous de l’avant, du mulet de l’arrière et des gens de FIUSELL0, de devant, de derrière et de chaque côté !!! »
Merci et au revoir, monsieur le curé, dit Pierruccio en rebroussant chemin.
Mais l’histoire, heureusement, ne s’arrêta pas là. Après réflexion, Pierruccio pensa qu’il convenait de voir la chose avec un plus de réflexion et retourna sur ses pas.
Bien lui en pris car jamais il ne le regretta.
Il épousa Conceta, eut avec elle plusieurs enfants et ne reparla plus jamais au curé qui les avait mariés de l'appréciation un peu 'sévère' portée par celui-ci sur les gens du village. Toutefois, il constata plus tard que la générosité n'était pas leur qualité première et comprit enfin les raisons du jugement que notre bon curé portait à ses paroissiens.
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| Mercredi 16 Decembre 2009 |
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| POTERIES CORSES |
| | LES DERNIERES FABRICANTES DE POTERIE A CANAGHJA
J’ai évoqué plus haut les poteries que fabriquaient ma grand-mère et sa sœur et j’ai assisté, enfant, à ce qui devait être la fin de cette activité spécifique à notre région.
Pour mes grands-parents– mais plus particulièrement pour ma grand’mère, Julie-Françoise RAFFAELLI, et sa sœur Françoise RANGIONI- le négoce de ces poteries constituait une part de leurs revenus.
DE QUOI S’AGISSAIT-IL ?
-d’ustensiles de cuisine en argile réalisés à la main, sans l’aide d’aucun outil ni de tour, argile à laquelle on ajoutait de l’amiante, pour les rendre plus solides, faute de pouvoir les cuire dans des fours à haute température.
Les matières premières, l’amiante et l’argile, étaient extraites à la pioche et transportées à dos d’âne dans des sacs en jute. Pour l’argile l’approvisionnement le plus accessible se trouvait au dessous du hameau de Canaja -e strette-, pour l’amiante, le filon était celui qui traverse la Corse du nord au sud et dont la résurgence la plus visible se situe à Canari. Grand’mère et sa sœur allaient s’en procurer sur la montagne d’en face sur les hauteurs de Campitello. Noter au passage que ni l’une ni l’autre n’ont subi les effets délétères de ce minéral puisque mortes saines et très âgées comme ceux qui les avaient précédées dans ce travail…
COMMENT PROCEDAIENT-ELLES ?
-l’argile, dans un premier temps, était mise à tremper pour la débarrasser des ses impuretés puis ‘manipulée’ entre les doigts pour éliminer les pierres.
-l’amiante était martelé, avec un maillet en bois pour casser les mottes, l’assouplir et ne laisser subsister que les fibres longues.
Les deux matières étaient ensuite mélangées, dans des proportions de 1p/10 env., avec de l’eau en quantité suffisante pour former une pâte prête à l’emploi.
FABRICATION:
Sur une planche, voire une pierre plate (teghja), on réalise une galette de 0,5 m/m env. et du diamètre du fond de l’ustensile à confectionner. Si celui-ci est percé de trous on commence par marquer leur emplacement avec le pouce. On utilise ensuite un fuseau pour réaliser une vingtaine de trous de 12m/m env. On découpe d’autre part une bande de même épaisseur que l’on aboute rapidement pour former le corps en donnant à celui-ci l’arrondi nécessaire. On perce sur les (ou le) côtés les (ou le) trous qui, plus tard, serviront à fixer le manche ou l’anse et l’on met à sécher à l’ombre dans une atmosphère humide pour éviter les fendillements dus au retrait.
Le moment venu seront réalisés manche ou anse, soigneusement ajustés sur les ustensiles puis, de nouveau, mis à sécher.
En dernier lieu on corrige les imperfections en enduisant l’article d’un ‘vernis’ -qui n’est autre qu’une solution d’argile très liquide-, on passe au four –le four à pain- pour un dernier séchage et l’on peaufine en noircissant artificiellement à la fumée avec de la paille enflammée.
LE COMMERCE DE CES POTERIES :
Grand’mère et sa sœur, partaient vendre leur marchandise le matin avant le lever du jour, l’âne était chargé et sa queue leur servait de guide. Elles empruntaient les chemins de montagne, quel que fut le temps, pour se rendre à pied à 15/20 km alentours et rentrer chez elles, la nuit tombée. Ce pouvait être près : Bisinchi, Volpajola, Monte, Silvareccio ou Prunelli, plus loin : Murato, Oletta, Omessa, encore plus loin : Pietralba ou Lama. Elles rapportaient, non pas de l’argent mais le produit de leur troc : huile, fromage, farine de blé… correspondant à la vingtaine d’articles qu’elles avaient fabriqués et vendus.
Je n’en n’ai conservé aucun ‘spécimen’, mais je pense, avec nostalgie qu’on doit en trouver sûrement quelques exemplaires dans le fond d’un grenier sans que leurs détenteurs sachent vraiment quelle était leur utilité. Ainsi vont les choses, il n’y a rien à en dire ….
QU’ETAIENT CES ARTICLES ?
-la ‘pinghjula’, marmite de 40/42x23 cm. env. munie d’une anse assez haute pour être accrochée à la crémaillère (a catena). Elle était surtout destinée à la soupe. Celle-ci, composée essentiellement de légumes du jardin : chou, haricots, pommes de terre et à laquelle on ajoutait en fin de cuisson ‘u battudu’ ou un os de jambon ou quelques couennes pour rehausser le goût. Elle constituait le plat essentiel du soir -et du matin s’il en restait- après avoir mijoté sur le feu tout un après-midi..
-le ‘tianu’ dont le nom désigne aussi bien le contenant que le contenu, est une espèce de sauteuse de 20/22 cm de diam. munie d’une queue courte et percée. On y fait cuire le repas quotidien, ragoûts de pommes de terre, de haricots, de viande : lapin, cabri, volaille (les jours de fête) avec huile d’olive -plus ou moins raffinée-, ail, oignon, lard fumé.
-le ‘testu’ fabriqué comme le ‘tianu’ mais avec un fond percé de trous était destiné exclusivement à rôtir les châtaignes et à créer une soirée familiale animée autour de ‘i fasgioli’-.
-la ‘frissoghia’ petit tianu pour griller le café vert.
-le ‘furnellu’ réchaud à braises pour un usage restreint. Sorte de petit brasero composé de deux parties séparées par une sole percée de trous et à la base une ouverture carrée pour l’introduction du charbon.
Comme tous les produits manufacturés ces articles étaient de formes et de finition plus ou moins semblables. Ils étaient très solides et l’on y faisait une cuisine savoureuse due aux produits, au temps de cuisson- lent et doux- mais aussi, et pourquoi-pas, à la matière naturelle (bien qu’amiantée), dont ils étaient faits.
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| UN VOCERO |
| MACCHIONE | Je suis à Paris depuis un mois. Le ciel est gris et malgré les illuminations de Noël qui approche, l'ambiance générale n'est pas vraiment à la joie. Est-ce cette morosité qui me remet en tête le 'vocero' que m'a rapporté ma tante Joséphine. Sa mère, ma grand-mère, l'avait recueilli enfant de la bouche de son auteur. Celle-ci (car il s'agit d'une femme bien entendu) se rend dans le village voisin où est décédée la veille Mme PASQUALINI. Cette dernière est parente d'un dénommé Macchione, mort, lui, quelques années auparavent mais avec lequel elle avait eu un différend. Elle charge donc: Mme P... de lui dire ce qu'elle n'avait pu faire de son vivant et le tenir au courant du 'suivi' de l'affaire.
J'ai transcrit ce vocero sans me préoccuper de l'orthographe car, à mon sens c'est un vrai petit chef d'oeuvre. Tout y est: le lieu, l'évènement, l'humour et, délectation suprème: la malédiction finale...
O Madama PASQUALINI vi vogliu dumanda un’ favore
(Mme P… je veux vous demander une faveur)
Quandu serredde qualla, faccia a lu nostru Signore
(Lorsque vous serez là-bas, en face de Notre Seigneur)
Vidderedde la Madona vicinu a lu so figliolu
(Vous verrez la Madone à côté de son fils)
A diritta so gli santi, omi e donne di valore
(A droite sont les saints, hommes et femmes de valeur)
Piu ‘nda gli diavulotti chi li cummanda Pludone
(Plus loin les diablotins que commande Pluton)
Derrede una sguardada d’occhio e ci vidderede à MACCHIONE…
(Vous donnerez un coup d’œil et vous y verrez Macchione)
Diceredde à l’accatano, ch’i so loghi so vinduti
(Vous direz à ce mauvais sujet que ses biens ont été vendus)
E lu prezzo chi fu fattu, da tutti fu cunvenutu
(Et le prix qui fut fait, de tous fut accepté)
N’un c’era stattu che ellu, per sumina lu bisbugliu
(Il n’y avait eu que lui pour semer la discorde)
Ch’ellu ne ripose in pace, e vede c’un grand’angosha
(Qu’il repose en paix et voir avec grande angoisse)
Chi oghie lu so casale, e cascadu in casa nostra.
(Qu’aujourd’hui son patrimoine est tombé entre nos mains)
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| Vendredi 11 Decembre 2009 |
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| CONTES, NOUVELLES & AUTRES SOUVENIRS |
| RETOUR A CANAGHJA | CANAGHJA, pourquoi ? Le hameau fait partie de la commune de Campile qui en compte trois autres : Vergaghljese, Costa & Antibia. Campile doit son nom à son activité pastorale d'autrefois (Campus-Ovilium)et Canaghja à sa 'vocation' à détenir des chiens (canis) qu'elle n'a toujours pas perdue...
Il faut que j'avoue, avant de poursuivre, que j'adore les animaux : ânes, chèvres, chiens et chats et ... tous les autres . Ca ne m'est pas propre, bien entendu mais, en vieillissant ça devient obsessionnel. Ce qui me vaut, concernant les chats en particulier (ils sont une vingtaine qui tournent autour de la maison) des réflexions plus ou moins ironiques qui, bien entendu, me laissent indifférent. Je n'ai pas retrouvé, en retournant à Canaghja, les chiens que j'avais cotoyés dans mon enfance. Ils étaient alors beaucoup plus nombreux et circulaient librement dans le village. La nuit, répondant ou interpelant ceux d'alentours, leurs aboiements perturbaient nos nuits mais nous y étions habitués et personne ne s'en plaignait. Aujourd'hui, comme ceux des villes, les chiens sont 'enfermés' et nourris aux croquettes. On ne leur donne la possibilité de se dégourdir les pattes qu'à la faveur d'une battue au sanglier et encore : transport sur les lieux assuré en 4x4, comme leurs maîtres...
Il n'y a plus de chèvres. La chèvre est un animal sympathique, intelligent et vif. On ne peut, comme avec les moutons, les lâcher dans un verger sans avoir pris les précautions nécessaires pour circonscrire leur 'activité', faute de quoi, tout y passe. Entendons-nous, tout ce qui est tendre et savoureux, pousses d'arbres en particulier que leurs onglons permettent d'atteindre jusqu'à une certaine hauteur.
Quand j'étais enfant, chacun avait sa ou ses chèvres et son âne, son porc et sa basse-cour. Les poules, commes les chiens, circulaient librement et rejoignaient le poulailler le soir venu.
Pour ce qui est des chèvres, tous les matin, au son du cor (u cornu -> conque marine) elles étaient rassemblées sur la place et confiées au berger pour la journée. Nous avions du lait, riche et savoureux et des cabris qui seraient mangés à l'occasion de la fête du village.
Quant à l'âne, c'était la 2cv de la maison. Docile et bon à tout faire, solide et intelligent tout le contraire de la réputation qui lui colle à la peau...
Pour ce qui est du porc, il était abattu à Noël . Chacun se faisait un honneur d'avoir le plus gros et je reconnais que grand-mère, ne s'interdisait pas de donner (en douce) un petit coup de pouce au levier de sa balance romaine pour en rajouter quelques kilos ...
Venait ensuite toute la cérémonie de la préparation dont je parlerai plus tard.
Je ne veux pas terminer cette petite chronique sans revenir à mes amis chats.
Eux aussi ont évolué. Les souris ne les intéressent plus, ils comptent à présent sur la générosité des humains qu'ils cotoyent et sont donc devenus paresseux. Dès que les premiers estivants arrivent c'est le repas assuré et varié. L'hiver ils subissent les restrictions dues au manque d'effectifs nourrisseurs alors ils se contentent d'un repas par jour, voire deux, que lui octroyent les 'permanents' du village : Marie-Christine ou Dominique.
Nous les retrouvons donc un peu amaigris mais quelques jours de 'suralim' ont tôt fait de les rendre gras comme des 'loukoums' (dixit François).
Assez parlé de bestioles ce soir. Je compte changer de sujet demain, j'ai tant de choses à exprimer !!!
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| CONTES ET NOUVELLES DE MON ENFANCE EN CORSE |
| 'PINGHJULA' | J'ai intitulé mon blog 'pinghjula'. Chacun sait ce que cela signifie. Je le rappelle tout de même pour les jeunes générations. La pinghjula était une 'marmite' en terre, de 30 cm environ à la base et se retrécissant vers le sommet. Pourvue d'une anse pour être suspendue à la 'cadena' au dessus du 'fucone' ou de la cheminée. Elle contenait la soupe qui mijotait là des heures durant. Canaghja s'était spécialisée dans la fabrication de différents ustensiles en terre amiantée* que ma grand-mère et sa soeur ont été les dernières à fabriquer et à vendre.
J'ai vécu, enfant, dans l'ambiance de ce travail et je décrirai plus tard ce que j'en ai retenu.
*On peut voir ces articles au Musée de Corte. |  | | > Commentaire(1) | |
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| CONTES, NOUVELLES ET AUTRES SOUVENIRS DE MON ENFANCE EN CORSE |
| INTRODUCTION. | | Pour des raison familiales, j'ai été 'envoyé' chez mes grands-parents paternels, de Paris en Corse à l'âge de 3 ans. Je ne parlais pas leur langue, ils n'entendaient rien à la mienne, je ne vivais ni ne mangeais comme eux mais ça n'a pas duré longtemps car, rapidement, tout est rentré dans l'ordre. J'évoquerai plus longuement une autre fois ce que fut ma nouvelle vie et, en parlant de moi, je parlerai des autres, de mes grands parents et des villageois de ce petit hameau de Canaja (Canaghja en langage actuel) que je retrouve désormais avec délectation de Mars à Octobre. Certes rien n'y est plus pareil mais l'âme et les paysages lui restent. Un vrai bonheur.... |  | | > Commentaire(2) | |
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| Janvier 2012 |
| L | M | M | J | V | S | D |
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